Travail des Enfants Aujourd'hui

 

Situation actuelle

Estimations globales

Jeune berger Maasai au Kenya en 1979 : le travail avec la famille dans l’agriculture reste majoritaire, et difficilement quantifiable.

La majorité des statistiques existantes sur le travail des enfants ne sont que des estimations en grande partie à cause du caractère informel et parfois illégal des activités concernées, de la confusion avec le travail des adultes et du fait que la plupart des activités ont lieu dans la famille. Elles proviennent de plusieurs sources : l'Organisation internationale du travail (et plus particulièrement le Bureau international du travail, BIT) a conduit deux évaluations au niveau mondial, l'une publiée en 1996 à partir de questionnaires effectués dans les années 1990 portant sur les 5 – 14 ans, l'autre publiée en 2002 avec une méthodologie revue portant sur les 5 – 17 ans. Les chiffres sont souvent extrapolés à partir d’enquêtes de terrain et de questionnaires, ne donnant ainsi qu'une indication du nombre d’enfants concernés dans chaque pays et dans chaque secteur, mais ces indications sont tout de même utiles pour obtenir un ordre de grandeur du phénomène. L'OIT fournit ses données aux autres agences de l'ONU comme l'Unicef ou l'Unesco, ces estimations étant utilisées par de nombreuses ONG, des syndicats, des gouvernements ainsi que par la Banque mondiale et sont devenues la référence de facto[24]. Des statistiques réactualisées ont été publiées en 2006 avec la même méthodologie qu’en 2002, permettant pour la première fois une comparaison.

D’autres estimations proviennent de l’Unicef, de la CISL qui tire ses données d’études effectuées par les syndicats locaux ainsi que d’ONG impliquées dans ces domaines comme Amnesty international pour les enfants-soldats, Anti-Slavery International pour l’esclavage d’enfants ou ECPAT pour l’exploitation sexuelle des enfants ; les gouvernements produisent également leurs propres estimations. L’OIT reste la seule organisation à avoir produit une méthodologie et des estimations globales, notamment grâce au projet SIMPOC[5] (Statistical and Information Monitoring Programme) dans 29 pays différents et au programme IPEC (Programme international pour l'abolition du travail des enfants).

Dans son rapport de 2002[2], l’OIT donne ainsi le chiffre de 351,7 millions d’enfants entre 5 et 17 ans exerçant une activité en 2000, 23 % de cette tranche d’âge, dont 210,8 millions entre 5 et 14 ans (détails dans le tableau ci-dessous). Bien que ce chiffre représente près d’un quart des 5 – 17 ans, il est encore souvent considéré comme une estimation « minimale »[24] en raison d’une part de l’invisibilité du travail domestique et d’autre part de la prudence de l’OIT dans sa méthodologie. Les filles représentent 47 à 50 % des enfants au travail selon les tranches d’âge, 45 % pour les travaux dangereux, mais sont davantage impliquées dans le travail domestique qui est moins visible.

Nombre d’enfants (en millions) au travail par tranche d’âge dans le monde en 2000, d'après l’OIT[2]
Tranche d’âgeTotal d’enfantsEnfants au travaildont travail :Enfants non scolarisésEnfants scolarisés
TotalProportionà abolirdangereuxactifsnon actifsactifsnon actifs
5 - 9 ans 600,2 73,1 12,2 % 186,3 111,3 12 % 20 % 7 % 68 %
10 - 14 ans 599,2 137,7 23,0 % 23 % 10 % 13 % 67 %
15 - 17 ans 332,1 140,9 42,4 % 59,2 59,2 42,5 % 14 % 31 % 43,5 %
Tous 1 531,5 351,7 23,0 % 245,5 170,5        
Données mises à jour en 2004, d’après l’OIT[25]
Tranche d’âgeTotal d’enfantsEnfants au travailVariation
p/r 2000
dont travail :
TotalProportionà abolirdangereux
5 - 14 ans 1 206,5 190,7 15,8 % - 9,6 % 165,8 74,4
15 - 17 ans 359,8 126,7 35,2 % - 9,8 % 51,9 51,9
Tous 1 566,3 317,4 20,3 % - 10,1 % 217,7 126,3

Populations touchée

Répartition géographique

Travail domestique à Sandakphu, au Bengale-Occidental.

Si le travail des enfants existe dans quasiment tous les pays du monde, c’est dans les pays en développement qu’il est le plus fréquent. En valeur absolue, c’est dans la zone AsiePacifique que se trouvent le plus d’enfants au travail avec 60 % du total mondial.

En Inde, les estimations varient entre 16 millions d’enfants entre 5 et 14 ans (d’après les ONG locales[26]) et 150 millions d'enfants actifs de moins de 18 ans ; la Banque mondiale retient une valeur de 40 millions[26] et l’Unicef 60 millions[27].

En termes de proportions, c’est l’Afrique subsaharienne qui montre les taux les plus élevés, souvent liés à la pauvreté du pays : le Niger et le Sierra Leone affichent des taux de près de 70 % d’enfants au travail tandis que le Mali ou le Burundi approchent les 50 %.

Le Proche et le Moyen-Orient ne sont pas épargnés, notamment en Irak suite à l’embargo et à la guerre de 2003 ou dans les territoires palestiniens occupés. En Amérique latine, le phénomène concerne près d’un enfant sur six[27].

Mais les pays développés — ainsi que les « économies de transition » — sont également concernés : 3 % des enfants de 10 à 14 ans sont économiquement actifs dans les pays industrialisés[2] ce qui ne se limite pas aux petits « jobs » mais inclut également le travail au noir ou certaines des pires formes de travail (prostitution et trafics).

Officiellement, l’Italie compte à elle seule 320 000 enfants au travail de 6 à 13 ans, nombre qui augmente de 50 % pendant la période estivale, tandis qu’en Grande-Bretagne, le Trades Union Congress estime que deux millions d’enfants travaillent régulièrement et de plus en plus souvent pour suppléer au revenu familial.

Les États-Unis compteraient 5,5 millions de jeunes actifs durant l’été dont 800 000 dans l’agriculture[27]. En Europe de l'Est, 4 % des 10 – 14 ans sont actifs[2], un million en Russie et près de 100 000 en Bulgarie.

Proportion d’enfants de 5 à 14 ans au travail pour chaque pays, d’après un rapport de la Banque mondiale[28] et des données de l’OIT[29] :
     Pas de données      0 à 10 % d'enfants au travail      10 à 20 % d'enfants au travail        20 à 30 % d'enfants au travail      30 à 40 % d'enfants au travail      Plus de 40 % d'enfants au travail
Pays ayant ratifié les conventions 138 et 182 de l'OIT, en 2006[30] :      Ratification des conventions 138 et 182      Ratification de la convention 182 mais pas de la 138      Ratification de la convention 138 mais pas de la 182      Aucune ratification      Aucune donnée / pays non membre de l'OIT
Distribution du travail des enfants par région du monde, pour les enfants entre 5 et 14 ans[2]. La colonne verte (axe de gauche) indique le nombre en millions d'enfants de 5 à 14 ans économiquement actifs, et la colonne rouge (axe de droite) indique leur pourcentage parmi les enfants du même âge de cette région.
T = Total
A = Asie / Pacifique
B = Afrique sub-saharienne
C = Amérique latine / Caraïbes
  D = Moyen-Orient / Afrique du Nord
E = Économies développées
F = Économies en transition.

Répartition sociale

Les activités exercées par les enfants varient selon les continents et les cultures ; la section suivante illustre les types de travaux possibles. Une constante demeure à travers l'histoire et se poursuit actuellement : les enfants au travail sont issus de familles pauvres, la pauvreté étant une des causes bien établies du travail des enfants[3]. Très souvent, ils font aussi partie d’une classe sociale « basse » comme en Inde où les enfants au travail sont fréquemment des dalits ou d’une caste inférieure ; en Europe de l’Est, ils font souvent partie d’une minorité (comme les Roms) ; en Amérique latine comme en Afrique, les enfants des rues, plus vulnérables, sont davantage au travail. Cette vulnérabilité touche aussi les immigrants pauvres arrivant en Amérique du Nord ou en Europe[27].

Un autre point commun à ces enfants est de quasiment toujours travailler dans des secteurs de faible technologie (on ne trouve virtuellement aucun enfant dans les entreprises à haute technologie), et en particulier dans les secteurs où il y a un important besoin de main-d'œuvre, comme l’agriculture familiale, les grandes plantations ou les ateliers textiles. Dans les manufactures, il y a souvent besoin de main-d’œuvre peu qualifiée mais en grand nombre ; la recherche de main-d’œuvre peu chère conduit alors à utiliser le travail d’enfants[31].

Répartition sectorielle

Le classement du travail par type d’activité pratiquée peut être trouvé dans une étude de 1996[32] et répartit le travail des enfants en grands secteurs : 70,4 % dans l’agriculture, la chasse ou la pêche, 8,3 % dans le commerce en gros ou au détail ou dans la restauration et les hôtels, 8,3 % dans les manufactures, 6,5 % dans les « services communautaires, sociaux ou personnels », 3,8 % dans les transports, les entrepôts et la communication, 1,9 % dans la construction et 0,9 % dans les industries extractives (minières notamment). Les « pires formes de travail » sont traitées dans la partie suivante.

Ces résultats vont à l’encontre de l’image courante d’enfants travaillant majoritairement en usines ou en ateliers de confection[3] : si cette activité existe, elle reste faible par rapport au travail dans la sphère familiale et dans l’agriculture.

Agriculture

Enfants et jeunes menant une charrue à bœufs, en Sierra Leone.

Selon les pays, les enfants qui travaillent dans l’agriculture peuvent représenter 90 à 95 % des enfants au travail, la moyenne étant de 70 à 74 % ; la part des enfants augmente quand l’économie d’un pays est basé sur l’agriculture. On distingue les enfants qui travaillent aux champs avec leurs parents et ceux qui sont employés sur de grandes plantations ou exploitations. Le premier cas est fréquent dans les pays dont l’économie est essentiellement basé sur l’agriculture, les enfants sont alors souvent responsables de la garde du bétail et de petits travaux. Si les abus restent possibles, ils sont moins nombreux puisque les enfants restent dans le cadre familial[33]. Leurs activités peuvent inclure la participation aux récoltes et à la pêche, parfois à la chasse, la garde des bêtes, le repiquage du riz ; les filles sont plus souvent chargées de chercher de l’eau, de s’occuper des bébés, de préparer les repas. Quand ces enfants vont à l’école, l’absentéisme augmente lors des récoltes[24].

Les enfants employés sur des plantations ont généralement des conditions de vie plus dures : leurs activités sont liées à celles de leurs parents qu’ils aident, pour la cueillette du thé, du café, pour l’entretien de plantes ou l’application d’engrais. Les techniques d’agriculture modernes exposent les enfants aux mêmes dangers que l’industrie en raison de la chaleur, de la poussière, des risques liés aux machines agricoles et des dangers représentés par les produits toxiques comme les pesticides. Cependant, les enfants des grandes plantations représentent moins de 5 % des enfants travailleurs. Les moins de 15 ans atteignent 25 à 30 % de la main-d’œuvre sur les plantations au Mexique, au Kenya ou au Brésil[5].

Industrie et construction

Mineurs aux États-Unis (Gary, Virginie-Occidentale) en 1908.

Si l’industrie n’est pas le secteur dominant, il est souvent le plus connu d’une part car il s’agit fréquemment de travail dangereux et d’autre part car c’est le travail d’enfants dans les manufactures de la révolution industrielle qui a rendu visible ce phénomène et a mené à sa réglementation. Dans les pays développés, c’est l’image la plus courante lorsque l’on évoque le travail d’enfants des pays en développement[33]. L’emploi d’enfants en dessous de 12 ans n’est pas rare dans la construction pour les petites tâches de nettoyage et de transport ; c’était encore le cas en Europe du Sud (notamment en Italie) dans les années 1980.

Ce secteur inclut les manufactures et usines, les briqueteries, les chantiers de construction, les mines et carrières, mais aussi les ateliers textiles et les filatures, les tanneries, les poteries, les usines de savon, d’allumettes, voire de produits chimiques quand une extraction manuelle est requise.

Secteur informel

Un enfant travaillant comme « homme-sandwich » donnant l’heure à Mérida.

Le secteur informel désigne les activités non réglementées, souvent de petite taille, effectuées par un individu ou une famille. Il est répandu principalement en milieu urbain où le chômage est important : dans les pays en développement, l’OIT estime qu’il représente 60 % de la main-d’œuvre urbaine et une part importante du PIB (25 % au Nigeria, près de 50 % aux Philippines). Il est intimement lié à l’exode rural et à la formation des bidonvilles. Les principales activités que l’on retrouve sont la vente à petite échelle (boissons, fruits, cigarettes), l’artisanat (réparations), les services (cirage de chaussures, lavage de voitures, ramassage d'ordures), le transport (conducteur de Rickshaw, porteur)[24].

Ces travaux sont surtout destinés à la survie à court terme. Le secteur informel n’est pas sans lien avec le formel, par exemple lorsque des vendeurs de rue travaillent pour le compte d’un commerce, faisant ainsi partie de la chaîne de production. Le secteur informel inclut aussi les enfants des rues exploités pour la revente de drogue ou par la mendicité (ce qui concerne 600 000 enfants d’après l’OIT[5]). Si nombre des enfants travaillant dans le secteur informel ont un foyer, ceux qui vivent dans la rue sont encore plus vulnérables ; l’Unicef estime ainsi que le nombre d’enfants des rues se compte par dizaines de millions dans le monde[34].

Activités domestiques

Filles portant des jarres d’eau en Inde.

Le travail domestique est la forme de travail la plus cachée et la plus difficile à estimer puisqu’elle prend place au sein des foyers. Si l’implication d’un enfant dans les tâches domestiques est généralement considéré comme bénéfique et participant à son éducation, dans de nombreux pays, des enfants sont employés comme domestiques par une autre famille que la leur, voire sont exploités par leur propre famille ; ce dernier cas n’est toutefois pas inclus dans les enfants « économiquement actifs ».

Le nombre exact d’enfants dans ces conditions est inconnu : l’OIT avance un chiffre de plusieurs millions, en grande majorité des filles[35] ; elle estime aussi qu’il y a plus de filles de 16 ans astreintes à un travail domestique que dans les autres formes de travail. Certaines évaluations permettent d’obtenir un ordre de grandeur : on parle ainsi de 482 000 enfants au Brésil, 300 000 uniquement à Dhâkâ, 700 000 en Indonésie, 200 000 au Kenya, 66 à 88 000 au Maroc, 200 000 en Haïti, etc.

Les raisons de l’entrée dans le travail domestique sont nombreuses : il est souvent perçu comme « normal » ou au moins ne posant pas de problème, il peut être institutionnalisé ou peut représenter une manière d’échapper à la misère comme pour les restavecs haïtiens, mais il peut aussi faire l’objet d’un trafic ou d’un remboursement de dettes (voir plus bas).

« Pires formes de travail »

On estimait en 2002[5] que 8,4 millions d’enfants se retrouvaient dans une des « pires formes de travail » telles que définies par l’OIT (convention 182, article 3). Ce chiffre est cependant une estimation basse car seuls les pays effectivement inclus dans l’enquête ont été comptés sans extrapolation aux autres pays, et les critères choisis sont relativement stricts[36]. Le nombre réel d’enfants dans ces conditions peut en réalité être bien supérieur. L’OIT classe ces formes en cinq catégories : le travail forcé, le trafic d’enfants, l’industrie du sexe, les conflits armés et les activités illicites.

Travail forcé et esclavage

Dans un sweatshop à Chicago en 1930.

Le travail forcé concerne environ 5,7 millions d’enfants dans le monde. Il se distingue des autres formes de travail des enfants par une certaine restriction des mouvements de l’enfant, une violence mentale ou physique, l’absence de consentement et / ou une forme de contrôle au-delà de la normale[37]. L’esclavage va encore plus loin en réduisant la personne à l’état de marchandise appartenant à son « propriétaire ».

Si les estimations indiquent que la majorité de ces enfants se trouvent en Asie (5,5 millions), c’est aussi parce que les sources fiables manquent pour les autres régions, ce type de travail étant difficile à apprécier. Une autre raison est le caractère quasi institutionnel de la servitude pour dettes (bonded labour en anglais) comme le système de kamaiya au Népal[38] : dans de tels systèmes, des parents peuvent placer un enfant dès 7 ou 8 ans pour un travail en usine afin d’obtenir un prêt ou de payer des dettes. Les différents rapports montrent que, dans la plupart des cas, ce travail tourne vite à l’esclavage[4].

Les exemples les plus connus sont au Népal, au Pakistan et en Inde. Dans ce dernier pays, la pratique est répandue dans l’agriculture et les industries de la cigarette, de la soie ou des tapis. Une étude portait sur les conditions de vie des milliers d’enfants travaillant dans l’industrie du tapis et les décrivait

« […] kidnappés, déplacés ou placés par leurs parents pour de faibles sommes d’argent. La plupart d’entre eux sont retenus en captivité, torturés et forcés à travailler 20 heures par jour sans une pause. Ces petits enfants doivent s’accroupir sur leurs orteils, de l’aube au crépuscule chaque jour, handicapant sévèrement leur croissance. Les activistes sociaux dans ce domaine n’arrivent pas à travailler en raison du contrôle proche de celui d’une mafia exercé par les gérants des ateliers de tissage[39]. »

D’autres situations similaires se retrouvent au Brésil avec les plantations de canne à sucre et les charbonniers. En 1993, des enfants de 4 ans avaient été reportés au travail dans une plantation de coton à Paraná[40]. En Mauritanie, malgré l’abolition de l’esclavage en 1980, il reste encore environ 400 000 personnes d’Afrique noire servant d’esclaves à des Berbères, les enfants comme les adultes[41].

Trafic d’enfants

Le trafic d'enfants inclut « le recrutement, le transport, le transfert, l’abri ou la réception d’un enfant à des fins d’exploitations[42] ». L’OIT estime que 1,2 million d’enfants subissent un tel trafic dans le monde dont 550 000 rien qu’en Amérique du Sud. Mais ce 1,2 million n’est pas compté dans le total des « pires formes de travail » afin d’éviter un double compte : les enfants trafiqués subissent en général une autre forme d’exploitation.

Le but du trafic dépend de l’âge et du sexe des enfants : les garçons sont généralement trafiqués pour du travail forcé dans de grandes plantations ou le trafic de drogue tandis que les filles sont plutôt destinées à l’exploitation sexuelle ou domestique. Les enfants peuvent aussi être exploités dans des réseaux de mendicité organisée, envoyés pour des réseaux d’adoption illégaux ou pour des mariages forcés. Les trafics s’opèrent aussi bien à l’intérieur des pays, qu’entre différents pays ainsi qu’à l’échelle mondiale[5]. Les réseaux sont à la fois nationaux, continentaux ou mondiaux ; l’OIT a ainsi identifié quelques grandes routes de trafic international : Amérique latine → Europe et Moyen-Orient ; Asie → Europe et Moyen-Orient ; Népal et Bangladesh → Inde ; Myanmar et Laos → Thaïlande ; Afrique de l’Ouest → Nigéria ; Afrique australe → Afrique du Sud ; Europe de l’Est → Europe de l’Ouest[43].

Exploitation sexuelle

Enfant prostituée. Daguerréotype (1871) « Mary Simpson, une vulgaire prostituée de 10 ou 11 ans. Est connue sous le pseudonyme de Madame Berry depuis au moins deux ans. Enceinte de quatre mois »

D’après l’OIT[2], 1,8 million d’enfants sont impliqués dans le commerce sexuel mondial, la plupart entre 15 et 17 ans ; 750 000 se trouvaient en Amérique du Sud et Caraïbes, 590 000 en Asie / zone Pacifique et 420 000 dans les pays développés. Les formes de travail sont diverses : pornographie juvénile, prostitution, trafic sexuel et / ou tourisme sexuel. 98 % des enfants concernés sont des filles[44].

L’exploitation sexuelle des enfants apparaît dans les médias à l’occasion de scandales sur le tourisme sexuel, organisé en général pour des hommes venant de pays développés vers la Thaïlande, la République dominicaine ou le Brésil entre autres pays. Mais l’exploitation sexuelle est aussi organisée localement : aux États-Unis, on estime à plus de 100 000 le nombre d’enfants prostitués[4]. L’exploitation sexuelle peut être liée à d’autres formes d’exploitations : les fabriques indiennes de tapis citées plus haut sont connues pour servir de centres de recrutement pour des maisons closes. Les enfants prostitués sont exposés aux maladies sexuellement transmissibles, aux grossesses non désirées, aux drogues. Ils souffrent également de stigmatisations dans le reste de la société, et sont parfois même considérés comme « illégaux » et traités comme tels par les forces de l’ordre, par exemple quand le racolage est interdit.

La prostitution d’enfants répond à une demande, entretenue par des superstitions (avoir une relation sexuelle avec un enfant entretiendrait la virilité) et la crainte du sida (les enfants sont supposés être moins contaminés que les adultes, supposition souvent fausse)[24].

La pornographie enfantine est définie par les Nations Unies comme « toute représentation, par quelques moyens que ce soit, d’un enfant s’adonnant à des activités sexuelles explicites, réelles ou simulées, ou toute représentation des organes sexuels d’un enfant, à des fins principalement sexuelles », dans le protocole facultatif à la Convention des droits de l’enfant[45]. Le développement d’Internet a aussi accru la demande pour ce type de pornographie dont on estime qu’elle concerne un million d’images en circulation, incluant également les images montrant des actes de sadisme, de dépravation sexuelle et / ou de relations entre enfants parfois très jeunes. Les études font état de graves troubles psychologiques pour les enfants dont des tendances suicidaires[46]. Ce commerce génère deux à trois milliards de dollars US aux seuls États-Unis[47].

Enfants soldats

Actuellement, il y aurait environ 300 000 enfants soldats dans le monde, impliqués dans une trentaine de conflits ; un tiers d’entre eux se trouvent en Afrique subsaharienne et dans les conflits réguliers en République démocratique du Congo, en Colombie (où entre 11 et 14 000 enfants feraient partie des forces paramilitaires) et au Myanmar (où 20 % de l’armée serait composée de mineurs d’après Human Rights Watch[48]). La plupart d’entre eux ont entre 14 et 18 ans mais on compte aussi des enfants d’à peine 8 ou 9 ans qui s’engagent volontairement dans des milices et autres groupes paramilitaires[49]. Si l’image la plus courante est celle de l’enfant-combattant fusil à la main, les enfants-soldats sont utilisés pour de nombreuses tâches : espionnage et reconnaissance, pose de mines, entraînements des soldats adultes mais aussi tâches ménagères, portage du matériel ou cuisine. Les filles sont de plus exposées aux abus sexuels.

Leurs motivations incluent la recherche d’un moyen de survie dans des régions souvent dévastées, l’expérience de membres de leurs familles tués ou mutilés par le conflit ou la faible éducation qui ne permet pas d’autre alternative. De nombreuses filles s’engagent pour échapper aux abus sexuels ou à la servitude domestique, bien que leurs conditions de vie ne soient pas forcément meilleures en tant que soldats

 

Suite !!

 

 

 

 

 

 

 


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