Mistra Résidence favorite des pachas

 

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La présence de Gémiste Pléthon à Mistra attire d'autres intellectuels. Dès 1409, un jeune ecclésiastique du nom d'Isidore est choisi pour réciter l'éloge funèbre en l'honneur de Théodore Ier. Élève de Pléthon jusqu'en 1413, il devient par la suite métropolite de Monemvasie, puis métropolite de Kiev et chef de l'Église russe, puis patriarche latin de Constantinople[62]. George Scholarius se rend à Mistra à plusieurs reprises au cours des années 1430.

L'élève le plus célèbre de Pléthon est peut-être Jean Bessarion, qui arrive à Mistra en 1431 et y passe six années. Après son passage en Italie (1438-1439), des intellectuels italiens séjournent à Mistra. C'est le cas de Cyriaque d'Ancône, qui y séjourne à deux reprises.

Les auteurs contemporains, tels que Grégoras, Doukas, Critoboulos d'Imbros, George Sphrantzès et Laonicos Chalcondyles, sont conscients de l'importance stratégique du Péloponnèse pour l'Empire. Aussi décrivent-ils, dans leurs récits historiques, les événements qui s'y déroulent. L'historien George Sphrantzès se rend à Mistra en 1446 et y est même nommé gouverneur[62].

L'occupation ottomane

Privée des despotes, de leur cour et des intellectuels qui la composaient,

Mistra devient une simple capitale provinciale au sein de l'immense empire ottoman.

La ville dépend du sandjak du Péloponnèse, dont elle est la capitale.

Elle est même, jusqu'en 1540, la résidence favorite des Pachas.

 À partir de 1540, et avec la prise de Nauplie,

Mistra perd son statut de capitale, mais elle retrouve ce statut en 1574, après la capture des derniers bastions vénitiens en Grèce, moment où l'on divise

le Péloponnèse en deux sandjaks, l'un basé à Patras, l'autre à Mistra[65].

Les Turcs semblent s'être installés dans la partie haute de la ville, le pacha vivant dans l'ancien palais des despotes[65].

Sainte-Sophie, l'ancienne église du palais, est transformée en mosquée[66].

La citadelle, au sommet de la colline, sert au logement d'une puissante garnison et du commandement militaire. Il est possible qu'on y trouve également une mosquée[65].

Les Grecs occupent la ville basse.

Les faubourgs, situés à l'extérieur (Exokorion en grec, Moratche en turc[18]) de la ville, sont principalement habités de marchands étrangers.

D'ailleurs, la petite communauté juive qui vivait là sous les despotes s'accroît largement pendant la période ottomane[65]. Mistra reste le centre économique de la soie dans la vallée de Sparte,

un commerce mis en place sous les Paléologue et encouragé par les Turcs.

Les grandes familles qui composaient Mistra au temps des Byzantins, telles que les Phrangopouli ou les Rhallis,

se sont exilées, la plupart dans les villes toujours occupées par Venise.

 Les petits propriétaires terriens restent sur leurs domaines et rejoignent rarement Mistra[65].

Contrairement aux autres régions du Péloponnèse ou de Grèce centrale, le sultan ne semble pas avoir distribué de terres à ses soldats autour de Mistra.

En effet, il est alors courant de distribuer aux vétérans de larges fiefs, des zaimet ou des timars, en échange d'hommes équipés pour le combat.

Une telle pratique ne semble pas avoir eu cours aux alentours de Mistra, ce que confirment les voyageurs qui passent, des siècles plus tard, dans la région, en écrivant que la vallée de Sparte n'est peuplée que de Grecs[67].

Ceci fait qu'assez peu de Turcs vivent dans les villages autour de Mistra, à part dans les garnisons, les forteresses ou dans quelques centres administratifs.

Mais, de manière générale, les villes du Péloponnèse sont autorisées à conserver leurs propres administrations municipales[67].

Les taxes, basées sur la capitation, sont en général plus basses qu'au temps des despotes.

Mistra, comme chaque ville du Péloponnèse, est autorisée

à élire chaque année deux primats autorisés à se rendre à Constantinople pour faire part au sultan

 des persécutions ou des exactions commises par les gouverneurs locaux.

De plus, chaque subdivision du Péloponnèse peut choisir, une ou deux fois par an, parmi la population, deux délégués chargés de discuter des affaires courantes avec le pacha[67].

Il est admis qu'au moins jusqu'au XVIe siècle, le joug turc n'est pas trop dur envers les Grecs.

Cependant, la principale cause de ressentiment des Grecs est le « tribut des enfants »

(paidomazoma en grec, devshirme en turc).

Chaque famille chrétienne doit offrir un fils sur cinq pour être enrôlé comme musulman

dans le corps des janissaires, unité d’élite de l’armée ottomane.

Tous les quatre ans environ, ces enfants, âgés d'entre 8 et 20 ans, sont ramassés dans les villages

et sont imprégnés de culture turque dans des écoles spéciales afin de devenir janissaires.

Bien que les familles doivent souvent se résigner dans la douleur à laisser partir leurs enfants,

cet impôt rencontre étrangement assez peu d’opposition,

probablement parce qu’il représente un formidable ascenseur social et offre

aux jeunes Grecs l’occasion de devenir gouverneurs ou même grands vizirs.

La période ottomane est une période de paix, comparée aux siècles précédents, marqués par des guerres incessantes.

Il y a bien des affrontements entre Turcs et Vénitiens entre 1463 et 1479, puis de 1499 à 1503 et enfin de 1537 à 1540,

mais ces guerres se passent la plupart du temps en mer.

Seul Sigismond Malatesta, prince de Rimini, perturbe cette relative tranquillité

en faisant le siège de Mistra en 1464.

Il prend la ville, mais ne peut s'emparer du château. Contraint de lever le siège, il met le feu à la ville[68].

Il emporte avec lui la dépouille de Gémiste Pléthon afin de la placer dans son pays d'adoption, l'Italie[69],

dans le temple Malatesta, à Rimini[70].

 

Ces deux siècles de paix correspondent à deux siècles de prospérité pour la ville. Sa position géographique, à l'intérieur des terres, la préserve des conflits avec les Vénitiens, mais aussi de la menace pirate qui croît vers la fin du XVIe siècle[71].

Les producteurs de soie fleurissent dans la vallée, les marchands étrangers viennent y vendre leurs produits

et la présence périodique du pacha et de sa cour stimule l'activité des bazars.

Le développement de la colonie juive semble indiquer que Mistra est un important centre commercial[71].

Georges Guillet, au XVIIe siècle, fait état de la prospérité de la ville.

Il décrit une ville aux murailles « fort bonnes et bien entretenues[72] ».

Elles ne sont défendues que par neuf ou dix pièces d'artillerie et par dix-huit ou vingt janissaires,

commandés par un gouverneur (Disdar en turc[72]).

Il ajoute qu'on trouve dans la ville de nombreux magasins, toujours bien fournis en blé[66].

L'approvisionnement de la ville en eau se fait au moyen de citernes, au nombre de trois ou quatre selon l'auteur (Sarnitche en turc)[66].

 Dans un premier temps, les habitants du Péloponnèse accueillent avec bienveillance leurs nouveaux maîtres.

L'administration turque est devenue arbitraire et corrompue, et est moins bien contrôlée par Constantinople.

Les Vénitiens jouissent, quant à eux, d'une bonne réputation concernant la tolérance religieuse.

Les Grecs de Mistra ont pour exemple la colonie grecque de Venise,

qui est prospère et possède sa propre Église orthodoxe,

et de nombreux jeunes Grecs étudient à l'Université de Padoue[73].

 

L'aura des Vénitiens se ternit dès 1687.

Lors de la reddition de Mistra, les femmes et les hommes âgés sont laissés libres,

alors que les hommes de 17 à 50 ans sont réduits en esclavage ou envoyés aux galères[70].

Vient s'ajouter à cela une épidémie de peste qui touche l'ensemble du Péloponnèse.

Les Grecs jugent les Vénitiens responsables de cette épidémie qui apparaît peu de temps après les campagnes de Morosini en 1687[73].

Les autorités vénitiennes, qui avancent le chiffre de 200 000 habitants dans le Péloponnèse avant les campagnes,

estiment à moins de 100 000 habitants la population à la fin de 1688.

Des 2 111 villages recensés, 656 sont désertés[73].

La vallée de Sparte semble avoir été moins touchée que les régions ouest de la péninsule, mais n'a pas été épargnée pour autant.

Les Vénitiens mettent les habitants de Mistra en quarantaine, sains et malades,

derrière les murs de la ville et confisquent chevaux et armes.

Trente-deux personnes sont envoyées à Gythion et mises en quarantaine sur un navire[70].

Vue de Mistra en 1686, par Coronelli

En janvier 1688, un conseil de guerre basé à Nauplie, décide de punir les habitants de Mistra pour ne pas s'être rendus assez tôt, car si la ville est rapidement prise, la citadelle a résisté un certain temps.

Ainsi, l'ancien pacha et plus de 2 000 habitants de Mistra sont faits prisonniers et réduits en esclavage[70].

Sous l'autorité des Turcs, les villes grecques pouvaient, dans une certaine mesure, s'autogouverner.

 Désormais, le provéditeur vénitien a la maîtrise complète des municipalités dont il a la charge.

Monemvasia est devenue la capitale de la Laconie et

six autres villes reçoivent un provéditeur,

dont Mistra, qui n'a pas seulement la charge de superviser une province,

mais aussi celle d'interférer dans les affaires des citoyens[74].

Mistra reste une ville importante de la province, ne serait-ce que par sa population, que l'on estime à environ 40 000 habitants au début de la conquête vénitienne[75], dont 400 juifs[76],

et elle est le chef-lieu de la province Braccio di Maina[77].

Seule Patras serait plus grande, bien que Nauplie les dépasse toutes les deux sûrement peu de temps après[78].

 

Les taxes vénitiennes, collectées de façon efficace, sont plus élevées que celles prélevées par les Turcs jusque là.

Les nouveaux maîtres du Péloponnèse encouragent le développement de l'agriculture et des industries locales.

En revanche, ils découragent les industries qui peuvent concurrencer les productions italiennes.

Cette volonté touche particulièrement la région de Mistra, dont la prospérité était en grande partie due à l'industrie de la soie.

De lourdes taxes s'abattent sur la soie locale afin de protéger les intérêts des producteurs de Vénétie,

faisant monter les prix à tel point que les marchands étrangers quittent la région

pour trouver une soie meilleur marché en Asie mineure[74].

Enfin, Grecs et Vénitiens s'opposent sur la question religieuse, bien que les Vénitiens souhaitent, dans un premier temps, montrer leur bonne volonté vis-à-vis de leurs nouveaux sujets.

Ils leur laissent le droit d'élire leurs propres évêques

et un unique évêché catholique est instauré, l'évêché de Corinthe, dont le titulaire siège à Nauplie.

Mais l'Église orthodoxe du Péloponnèse est sous l'autorité du patriarcat de Constantinople.

Or, le patriarche jure loyauté au sultan au nom des chrétiens placés sous son autorité.

Les Vénitiens retirent donc au patriarche le droit de nommer ses évêques dans la péninsule

et surtout le droit de récolter les dons des fidèles, afin d'empêcher le financement de l'armée ennemie[79].

Au cours de la période vénitienne, on ne note pas de soulèvement de la population, tant à Mistra que dans le reste du Péloponnèse.

Les Maniotes préfèrent les Vénitiens aux Turcs à condition qu'on ne leur demande pas de s'acquitter des taxes et cessent, dès lors, de lancer leurs raids contre la vallée de Mistra[80].

 Il semble que les Turcs soient accueillis favorablement par les Grecs, à la fois dans les villes et les campagnes[78].

Ils retrouvent entre autres, avec les Ottomans, une imposition plus faible[81].

Le pacha du Péloponnèse fait à nouveau de Mistra la capitale de la province

et la population de la ville aurait, à cette époque, de nouveau atteint le chiffre de 40 000 habitants[81].

Cependant, le retour ottoman marque une régression dans certains domaines.

On note un retour à un gouvernement arbitraire et corrompu, ainsi qu'un déclin en matière d'éducation.

Sous les Vénitiens, une génération de jeunes Grecs avait pu avoir accès aux écoles de Venise et de Padoue,

ainsi qu'aux nombreuses écoles ouvertes par les religieux latins.

  Les Turcs, s'ils ne s'opposent pas à ces écoles chrétiennes, ne les encouragent pas pour autant[82].

 

Mistra et la révolution d'Orloff

Article connexe : Révolution d'Orloff.

En 1768, l'empire ottoman entre en guerre contre la Russie de l'impératrice Catherine II.

Au début de l'année 1770, une flotte russe dirigée par Alexis Orloff part de la Mer Baltique, franchit le détroit de Gibraltar et arrive en avril à Oitylo (ou Porto-Vitalo[83]) dans le Magne.

Une petite troupe russe d'environ 800 hommes débarque, dirigée par le frère d'Alexis, Féodor[83].

L'évêque de la région, accompagné du métropolite de Lacédémone

et de quelques guerriers de Mistra des alentours, se rend à la rencontre des Russes[84].

Malgré la relative petite taille de cette armée, les Maniotes se réunissent et soulèvent la plaine de Kalamata.

Féodor compose

alors de Grecs et de Russes deux corps aux noms de légion occidentale et légion orientale de Sparte[85].

Féodor Orloff participe au siège de Coron, tandis que la légion occidentale marche vers l'Arcadie et que la légion orientale,

menée par un jeune armateur du nom de Psaros, traverse le massif du Taygète,

y refoulant les Turcs qui se réfugient dans Mistra[85].

La garnison turque de Mistra est peu nombreuse et n'a pas reçu de renforts du pacha[84].

Après quelques jours de résistance[84], les Turcs offrent leur reddition en échange du droit d'emmener leurs familles[85].

Une fois la ville livrée, on assiste à un massacre des Turcs.

Le métropolite et les prêtres de la ville interviennent afin de protéger les vaincus

et en viennent à menacer d'excommunication toute personne portant atteinte à un Turc[84].

Le métropolite parvient même à organiser une sorte de gouvernement dans Mistra,

devenue le rendez-vous des paysans grecs[85].

Cependant de nombreuses habitations turques, mais également grecques, sont pillées par les Russes[84].

La flotte russe quitte Oitylo dès le mois de juin 1770 et anéantit la flotte ottomane le 7 juillet 1770, au large de Chios.

Mais Mistra se retrouve désormais seule face aux représailles ottomanes.

Une armée de musulmans albanais est rassemblée dans le nord du Péloponnèse et marche sur la ville.

Il s'ensuit un nouveau sac ; les maisons sont pillées avant d'être brûlées.

Les Albanais ne font pas de distinction entre Grecs et Turcs, et de nombreuses maisons turques subissent le même sort[86].

Les églises sont systématiquement pillées et nombreuses sont celles dont les dégâts

sont si importants qu'elles deviennent hors d'usage.

Même la forteresse au sommet de la ville est largement endommagée[86].

S'il semble que les plus belles églises de la ville n'aient pas subi de dégâts irréversibles,

la Métropole, en revanche, est largement affectée.

De plus, le Métropolite Ananias Lambardis est exécuté dans les jardins mêmes de l'édifice,

pour avoir accueilli les Russes.

Le Pacha ne retient pas l'intervention du métropolite en faveur des Turcs qui avaient failli être massacrés par les Russes[86].

De nombreux autres Grecs sont tués et de nombreux enfants vendus comme esclaves.

En moins de dix ans, la population de Mistra tombe à moins de 8 000 habitants[81], peut-être même 3 000[87].

 

Vers 1800, la population de Mistra atteint de nouveau les 15 000 à 18 000 habitants,

dont un tiers de musulmans et un huitième de juifs[89].

Une certaine prospérité semble retrouvée, en grande partie grâce à la production de soie.

Ainsi, Pouqueville, vers 1800, estime la production totale de la région de Mistra à environ 875 000 piastres,

ce qui la place en tête devant tous les districts du Péloponnèse, puisque le deuxième, celui de Patras, est évalué à 696 092 piastres[90].

D'après Pouqueville, les Turcs ne semblent plus considérer la ville comme imprenable et les dégradations des fortifications montrent la baisse d'importance de Mistra[91].

Dans les années précédant la révolution grecque, les inégalités s'accentuent.

Ainsi, la politique fiscale ne prend pas en compte les importants changements de population que connaît la région :

de nombreuses villes doivent acquitter une somme identique à celle payée quand la population était plus importante.

Mistra, dont Brewer estime la population à 3 000 âmes, doit s'acquitter de taxes correspondant à une population de 8 500 habitants[87].

Ibrahim Pacha

En 1821, éclate la guerre d'indépendance grecque. Germanos de Patras

lève l'étendard de la révolte et, dans toute la péninsule, on assiste à des soulèvements de la population grecque.

  Les Turcs se réfugient dans les cités fortifiées.

Il semble inévitable qu'à Mistra les Grecs se soulèvent également : ils sont décrits par Pouqueville comme les seuls habitants de la Morée à « fixer le Turc d'un œil assuré » car ils sont « braves jusqu'à la témérité[92] ».

Les Turcs ne cherchent pas à résister dans la ville, et se réfugient dans

la capitale du Péloponnèse, Tripolizza,

apparemment sans être attaqués contrairement à ce qui se passe dans d'autres endroits ;

une grande partie périt cependant ensuite lors du massacre suivant la chute de Tripolizza[93].

Si, pendant les premiers mois, la guerre d'indépendance semble tourner en faveur des Grecs, le cours des événements s'inverse par la suite et, en 1824, de peur de perdre le Péloponnèse,

le sultan fait appel à son vassal Méhémet Ali, pacha d'Égypte, pour mater la révolte.

Il nomme Ibrahim, le fils de ce dernier, pacha de Morée.

L'armée d'Ibrahim, entraînée par des Français dont beaucoup ont servi sous Napoléon,

est aussi efficace qu'une armée occidentale de l'époque, et s'avance facilement dans le Péloponnèse,

brûlant les villages et massacrant la population.

Mistra est détruite par l'armée d'Ibrahim, le 14 septembre 1825[94].

Un officier britannique, le capitaine Hamilton, chargé de rencontrer Ibrahim Pacha dans le but de procéder

à un échange de prisonniers, arrive à Mistra le soir du 14 septembre.

 Il est accompagné d'un religieux, Charles Swan, qui relate le spectacle auquel ils assistent.

  Ils aperçoivent de la fumée qui s'échappe en de nombreux endroits de la ville[95]

et, à mesure qu'ils s'en approchent, des flammes qui s'élèvent au-dessus des bâtiments[96].

La ville est détruite, aucun habitant ne reste dans l'ancienne cité byzantine,

hormis un chat et un chien.

Seuls quelques Grecs pénètrent à leur tour dans la ville dans le sillage des deux Britanniques

dans l'espoir de sauver quelque bien[96].

En 1832, le royaume de Grèce est établi et Othon Ier arrive à Nauplie en janvier 1833.

Après la destruction, il est nécessaire d'établir un nouveau centre administratif en Laconie.

Après des siècles d'abandon, c'est Sparte qui est choisie par Othon et inaugurée en 1834.

Les derniers habitants de Mistra abandonnent peu à peu les ruines de l'ancienne cité byzantine

pour s'installer à Sparte ou dans le nouveau village de Mistra, construit dans la vallée,

qui correspond aux faubourgs sud les plus éloignés de l'ancienne Mistra[98].

Lors de son passage à Mistra dans les années 1850, Edmond About ne parle

que d'« une montagne escarpée, couverte du haut en bas de mosquées,

de châteaux et de maisons écroulées[99] ».

Néanmoins, il semble qu'il y ait des restes de l'industrie de la soie largement développée sous les Turcs.

Des quatre filatures de soie connues en Grèce, une est toujours établie à Mistra[100].

 

Mistra de nos jours

Le nouveau village de Mistra, au pied des ruines de la cité byzantine

Le site de Mistra connaît ses premières restaurations au cours des premières décennies du XXe siècle

et celles-ci sont interrompues avec la Seconde Guerre mondiale.

Au lendemain de celle-ci, la Grèce est secouée par la guerre civile.

Bien que la région de Mistra soit plutôt en faveur des royalistes, la ville abrite quelques troupes communistes,

qui occupent des maisons inhabitées de la vieille ville[81],

et le couvent de la Pantanassa recueille les enfants de la ville basse.

Encerclées par les troupes royalistes, les troupes communistes sont délogées du site.

Dans la foulée, ou peu après, les derniers habitants de Mistra sont déplacés et les dernières maisons encore debout rasées[81].

La cité byzantine est convertie en site archéologique en 1950 et un musée ouvre ses portes.

Désormais, seules les moniales du couvent de la Pantanassa habitent sur le site.

Depuis 1989, Mistra est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[101]

et le gouvernement grec attache une certaine importance à la promotion du site de Mistra,

comme en témoigne l'exposition qui s'est tenue en 2001, conjointement à Athènes, Thessalonique et Mistra.

En 2006, Mistra faisait partie des dix sites les plus visités de Grèce, avec 124 820 visiteurs[102].

Ainsi, il donne aux rues principales de Mistra le nom des rues de la Sparte antique :

l'Aphétais et l'Hellénion[107].

Le bazar est l'ancienne agora,

la principale mosquée serait l'ancien temple consacré à Minerve et à Neptune (Aphalion)[108].

Sur la place du château sont censés devoir

se trouver le portique des Persans (Στοα Περσικο),

le temple d'Hélène,

le temple d'Hercule,

le temple de Vénus.

Enfin, il voit, en un lieu appelé Platanon, l'île du Plataniste qui était un terrain d'exercices pour la jeunesse, ombragé par des platanes à Sparte[109].

Cependant, pour Guillet, le château de Mistra n'est pas celui des rois de Sparte,

visible au sommet d'une autre colline, mais bien celui des despotes.

 

Suite !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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