Mustafa Kemal Ataturk S3 Démocratie et Laïcité

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mustafa_Kemal_Atat%C3%BCrk

Déplacement de populations

En jaune, les territoires cédés par la Grèce à la Turquie suite au traité de Lausanne

Les populations civiles doivent payer un lourd tribut à la guerre. Tout d'abord, les populations grecque-orthodoxe et arménienne dont les dirigeants se sont rangés du côté des Grecs ont subi de lourdes pertes, tant matérielles qu'en vies humaines.

Ensuite, les accords d'armistice prévoient la cession à la Turquie de l'Anatolie, de la Thrace orientale et des îles d'Imbros et de Ténédos. Il s'en suit un échange forcé de populations entre les communautés grecques d'Asie Mineure et les communautés turques de Grèce. Les chrétiens grecs -mêmes turcophones d'Anatolie intérieure- et les musulmans crétois -même grécophones- sont contraints à l'exil. Ce sont près de 1 500 000 Grecs et 500 000 Turcs qui sont transférés entre ces territoires[21].

Un accord est toutefois trouvé pour les communautés turques de Thrace occidentale (Grèce) qui sont autorisées à rester sur leurs terres ancestrales en échange du même droit accordé à la communauté grecque orthodoxe d'Istanbul avec la préservation de leur patriarcat.

Ces événements resteront gravés dans la mémoire collective grecque sous le nom de « catastrophe d’Asie Mineure » (Mikrasiatiki Katastrofi)[22]. Ce transfert servira aussi d'argument lors de la guerre de Palestine de 1948 pour justifier les positions israéliennes s'opposant au retour des réfugiés palestiniens et défendant un échange entre les 750 000 réfugiés arabes palestiniens de Palestine et les 800 000 réfugiés juifs du monde arabe[23].

Les survivants du génocide arménien voient leur espoir d'un État indépendant s'effondrer, et doivent pour la plupart partir en exil.

Mustafa Kemal, président de la république

Mustafa Kemal.

Atatürk est élu à la présidence de l’Assemblée nationale à deux reprises, le 24 avril 1920 et le 13 août 1923.

Il s’agissait alors d'une charge cumulant les fonctions de chef d’État et de gouvernement.

Lorsque la République est proclamée le 29 octobre 1923, Atatürk en est élu le premier président pour quatre ans,

conformément à la constitution.

La République turque se construit autour de principes inspirés de la Révolution française.

L'unité de la République, la sécularisation, mais aussi l'occidentalisation et la modernisation du pays.

En effet, le régime kémaliste au lendemain de la chute de l’Empire ottoman veut recréer

une nouvelle identité nationale, étatiste et laïque sur le modèle rigoureusement suivi

en tout point de la république française[24].

Pour ce faire, Mustafa Kemal doit abattre les dernières institutions de l'ancien Empire ottoman.

Une de ses premières mesures radicales fut de décréter la suppression des caractères arabes au profit de l'alphabet latin.

Enfin, l'unité nationale se veut structurée autour d'une unité ethno-culturelle forte.

Les minorités allogènes (Arméniens, Grecs et Kurdes) doivent quitter le pays ou s'assimiler.

Complot de Smyrne

À partir de 1924 et 1925, les syndicats et les partis d'opposition sont interdits. Un véritable culte de la personnalité entoure alors le Président de la République. Mustafa Kemal devient de plus en plus autoritaire. Il est de plus en plus contesté, même au sein de son propre parti, le CHP. Les principaux opposants sont Rauf Orbay, Kazım Karabekir et Ali Fuat. Ils démissionnent ensemble du CHP pour fonder leur propre parti, le Parti républicain progressiste (Terakkiperver Cumhuriyet Fırkasi). Kazım Karabekir en devient son premier président. Mais le 3 juin 1925, le parti est interdit suite à la révolte kurde menée par le Cheikh Said[25]. Après une grave crise économique qui touche la Turquie en 1925 et 1926, un complot voit le jour pour assassiner Mustafa Kemal.

Les anciennes cellules du Comité Union et Progrès sont reconstituées en secret. Les anciens amis de Kemal, Rauf, Refet, Ali Fuad, Kazım Karabekir et d'autres chefs de files de l’opposition sont accusés par le régime de s'être alliés pour renverser le gouvernement. Les rapports de police de l'époque indiquent que le chef du complot est Cavit Pacha, ancien ministre des finances sous le gouvernement Jeunes-Turcs.

En juillet 1926, Mustafa Kemal se rend en visite officielle à Smyrne. Deux jours avant sa visite, la police arrête trois individus suspects. Elle découvre plusieurs bombes dans leur maison.

Les prévenus avouent avoir voulu assassiner Mustafa Kemal sous l'ordre de plusieurs parlementaires.

Un des parlementaires, interrogé à son tour avoue que l'assassinat du Président aurait dû permettre aux quatre grands Pachas, Refet, Ali Fuad et Kazım Karabekir et Adnan, de prendre le pouvoir avec Rauf et Cavit. Mustafa Kemal les fait arrêter sur le champ et comparaître devant un tribunal d'indépendance.

Les prévenus les moins importants sont jugés et pendus le jour même.

Se trouve parmi eux le colonel Arif, le confident de toujours de Mustafa Kemal. Kemal signe son arrêt de mort sans sourciller.

La deuxième partie du procès a lieu à Ankara.

Tous les chefs de l'opposition sont alors enfermés dans un petit box.

Refet, Ali Fuad et Kiazim Kara Bekir sont condamnés à la dégradation militaire et à l'indignité nationale à vie.

Ils retrouveront leur liberté quelques jours plus tard. Quant à Cavit, il est condamné à mort.

Mustafa Kemal utilise ce complot pour donner la vision d'une Turquie menacée par des ennemis de l'intérieur.

La Turquie kémaliste

Mustafa Kemal Atatürk.

Après s'être débarrassé de toute opposition, Mustafa Kemal modifie le mode de fonctionnement de l'Assemblée Nationale.

Dorénavant, les députés seront choisis exclusivement parmi les membres du Parti républicain du peuple, qui devient de fait parti unique. Les membres du parti sont désignés par le président du parti qui est Mustafa Kemal, et le président de la République est élu par les députés de l'Assemblée.

Le système électoral est dès lors fermé et plus aucune opposition ne se manifeste alors au sein du parlement.

Le parlement renouvelle le mandat présidentiel de Mustafa Kémal en 1927, 1931 et 1935 qui refuse de devenir président à vie. En 1930, il déclare :

« Je ne mourrai pas en laissant l'exemple pernicieux d'un pouvoir personnel.

J'aurai fondé auparavant une République libre, aussi éloignée du bolchevisme que du fascisme[26]. »

Le verrouillage politique du pays lui permet de mener la révolution qu'il souhaite mettre en œuvre : la Révolution à toute vapeur.

Il entreprend la construction de la nouvelle Turquie mais il se heurte à un problème de financement : les caisses de l'État sont vides.

Il se voit conseillé de recourir au crédit étranger.

Or d'après lui,

« le meilleur moyen de perdre son indépendance, c'est de dépenser l'argent qu'on ne possède pas. »

Il a en mémoire les effets qu'a eu la dette ottomane sur l'Empire ottoman et sur l'économie du pays,

et il pense qu'en ayant recours aux capitaux étrangers, la Turquie perdrait une partie de son indépendance.

Pour financer ses projets, il décide de créer plusieurs banques,

comme la Sumer Bank et la Eti Bank patronnées par la Merkez Bankasi (la banque centrale-1930).

Ces banques drainent les capitaux pour mettre en œuvre des plans de développement économique.

Grâce à ces sources de financement, des milliers de kilomètres de routes sont construits ainsi que plusieurs centaines de ponts, un réseau de chemins de fer est créé, ce qui permet de désenclaver l'Anatolie pour accéder à un développement économique homogène. L'agriculture est revalorisée, les paysans disposent de plus de moyens et d'outils agricoles, leurs fermes deviennent plus spacieuses et plus propres.

Et pour la première fois de leur histoire, ils peuvent épargner pour préparer l'avenir de leurs enfants.

Le gouvernement kémaliste entreprend avec l'aide de l'URSS d'importants plans d'industrialisation.

Des dizaines de centrales électriques sont ainsi construites pour l'industrie naissante.

Des dizaines de fabriques de sucres et de ciments sont créées.

Suivies par des verreries et des fabriques de céramiques, des fonderies, des aciéries et des usines de produits chimiques.

Une opposition docile

Mustafa Kemal écoutant un paysan au milieu de la foule en 1930.

Au début des années 1930, l'abstention augmente en Turquie.

En effet, le peuple ne pouvant s'exprimer librement préfère s'abstenir.

Mustafa Kemal sentant que lui, le parti et le parlement se coupent peu à peu du peuple décide de créer

un parti d'opposition de toutes pièces.

Ce parti doit à la fois être indépendant et docile, il doit être critique sans porter atteinte au prestige du président.

Le Parti républicain libéral est ainsi mis en place le 12 août 1930 pour les élections municipales du 5 octobre de la même année.

C'est son ami Fethi Okyar qui devient président du parti.

Il est rejoint par une douzaine d'anciens députés avec parmi eux Adnan Menderes et Makbule Atadan, sœur de Mustafa Kemal.

Ce dernier prend soin d'expliquer à Fethi ce qu'il attend de lui, en particulier sur les attaques contre son gouvernement et lui confie

« Je ne veux pas mourir avant d'avoir vu, en Turquie, la disparition d'un pouvoir personnel.

Je veux que la République devienne entièrement démocratique »[27].

Fort du soutien de Mustafa Kemal, Fethi se présente à la circonscription d'Izmir et y tient un meeting où il attaque le gouvernement.

Mais des coups de pistolets y sont tirés, la panique fait un mort, la police intervient, disperse l'auditoire et arrête tous les dirigeants du nouveau parti.

Mustafa Kemal doit intervenir en personne pour faire libérer Fethi et les opposants

et il donne l'ordre à la police de désormais protéger les meetings.

Quelques jours plus tard, Fethi monte à la tribune de l'Assemblée nationale et critique la politique économique d'İsmet İnönü.

Mais une bagarre éclate rapidement au sein de l'Assemblée entre députés des deux partis,

Mustafa Kemal est contraint de faire évacuer la salle.

Dans son œuvre de « démocratisation » de la Turquie, il décide de supprimer la censure dont a été victime la presse.

Une véritable opposition

La liberté d'expression va permettre aux journalistes de critiquer fortement Kemal et sa politique à travers des articles ou des caricatures.

Des monarchistes, des anciens d'Union et Progrès et des communistes se regroupent autour de Fethi pour critiquer le gouvernement. Dans le même temps, une grève menée par des communistes touche Izmir et des émeutes éclatent dans le Kurdistan. Fethi décide de dissoudre son parti le 17 novembre 1930 suite aux allégations de fraude électorale que le régime a portées contre son parti pour expliquer le succès de celui-ci aux élections municipales d'octobre[28] [29].

La révolte de Menemen éclate non loin d'Izmir en décembre 1930. Elle est menée par un imam qui affirme être un prophète envoyé par Dieu, et qui lance des critiques acerbes contre le gouvernement. Il appelle les Turcs à se révolter contre le gouvernement kémaliste. Lors d'un de ses meetings, la police intervient pour disperser la foule, mais les militants se jettent à l'attaque des policiers. Devant cette résistance inattendue, le gouvernement décide alors d'envoyer un corps d'armée, mais celui-ci refuse de combattre. La sédition gagne rapidement d'autres villes turques, comme Konya, et Bursa.

Devant la rébellion, Mustafa Kemal décide de revenir à l'ancien système, il proclame l'état de siège,

supprime la liberté de la presse et fait intervenir l'armée dans les régions qui se sont révoltées.

Les troupes du Cheikh Mehmed se font rapidement juger et emprisonner.

L'ordre revient rapidement, mais Kemal est déçu par la tournure qu'ont pris les événements.

Il souhaitait créer une « opposition constructive », qui démocratiserait la Turquie,

mais c'est finalement le contraire qui s'est produit.

Fin provisoire du multipartisme

Au printemps 1932, Mustafa Kemal déclare :

« Que le peuple ne s'occupe pas de politique pour le moment. Qu'il se consacre à l'agriculture, au commerce et à l'industrie. Il faut que je gouverne ce pays pendant dix ou quinze ans encore. Après cela, nous verrons s'il est capable de se diriger lui-même… »

Pour les élections de 1932, il décide de revenir au système électoral précédent, seul le Parti républicain du peuple a le droit de présenter des candidats.

Mais il tente de rajeunir le parti, et d'y faire adhérer des hommes et des femmes d'origines modestes, des paysans en particulier.

Pour avoir une petite opposition au sein du parlement, il désigne douze députés indépendants qui ont pour mission de critiquer l'action gouvernementale.

Kemal se rend compte que les réformes mises en œuvre par son gouvernement ne sont pas populaires. Le régime décide donc de se projeter dans un autre cadre, passant du cadre réformiste à un cadre révolutionnaire. Pour ce faire, plusieurs délégations sont envoyées en Italie fasciste et en URSS, afin d'étudier les ressorts de ces deux révolutions.

Sous cette double influence, le régime kémaliste s'oriente vers une politique de mobilisation des masses à parti unique, en créant des Maisons du peuple qui ont pour mission de diffuser la propagande du parti. La jeunesse turque est transformée en fer de lance de la révolution kémaliste à travers des associations de jeunesse officielles. Cependant le régime kémaliste ne se transformera jamais vraiment en régime fasciste, et encore moins en régime communiste[30]. Le modèle reste celui d'une modernisation autoritaire du pays, sans référence idéologique unique.

Sur le plan international, la Turquie se rapproche de l'Iran du chah Reza Pahlavi et de l'Afghanistan qui voyaient avec admiration les réformes menées par Atatürk. Reza Pahlavi va tenter de mener une révolution comparable à la révolution kémaliste dans son pays.

Par ailleurs, Atatürk, contre l'Union Soviétique, s'appuie sur la politique semi-libérale menée par Celal Bayar et son conseiller Hirsch. Contre le nazisme, il se réconcilie avec la Grèce de Venizélos - qui proposera Atatürk à l'élection du prix Nobel de la paix à la fin des années 1930 - et de la France. Il se rapproche également de la Yougoslavie et de la Roumanie.

Mustafa Kemal recevant Gustave V de Suède en octobre 1934.

Quand un grand journaliste autrichien, Emil Ludwig lui rapporte en 1935 que Mussolini a beaucoup de sympathie pour lui, Atatürk se met en colère et traite le chef du gouvernement italien de « hyène » à cause de la guerre d'Éthiopie[31].

« Vous osez me comparer à cette hyène ! Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous dites ! Jamais je n'accepterai que l'on me compare à cet homme qui écrase l'Éthiopie sous les bombes[32]. »

Mustafa Kemal prononce à l'époque plusieurs discours qui resteront célèbres : celui relatant la Guerre d’indépendance et la fondation de la République (nutuk) les 15 et 20 novembre 1927 ainsi que son discours de la 10e année le 29 octobre 1933.

Face aux émeutes dans certaines villes de la Thrace comme Edirne, Tekirdag, Kırklareli et Çanakkale visant la communauté juive, Mustafa Kemal intervient énergiquement et ordonne que l'ordre soit rétabli rapidement. Voyant dans ces émeutes anti-juifs l'influence directe des agents secrets allemands, il fait savoir que l'antisémitisme ne sera jamais toléré en Turquie. D'ailleurs c'est lui qui a ouvert la porte en 1933 à 150 universitaires allemands d'origine juive, qui avaient perdu leurs postes en Allemagne, en leur proposant de s'installer et de travailler en Turquie. Ces universitaires ont largement contribué à la réforme universitaire de 1933 qui a permis la création de l'université d'Istanbul.

Conformément à la loi sur les noms de famille, le parlement donne le 24 novembre 1934 à Mustafa Kemal le patronyme de Kâmal (ce qui veut dire, forteresse) Atatürk, qui signifie non pas « père des Turcs » mais plutôt « Turc ancêtre », « Turc père » ; il abandonne alors le prénom Mustafa pour se nommer Kemal Atatürk. Le peuple turc suivra le mouvement en prenant lui aussi des noms de familles. Dans la foulée, le gouvernement renomme les principales villes turques, Angora devient Ankara, Smyrne devient Izmir, etc.

Problèmes de santé

Le cénotaphe d'Atatürk au Anıtkabir à Ankara (le tombeau se trouve en dessous de celui-ci).

Atatürk ne s'est jamais beaucoup soucié de sa santé. Il ne prend pas au sérieux les recommandations de ses médecins lui conseillant de prendre du repos. Ainsi après la bataille des Dardanelles il est contraint de passer une partie de l’année 1918 dans un hôpital de Vienne pour suivre une cure suite à des problèmes rénaux. En 1927 il est victime de plusieurs spasmes coronariens. Plus tard ses problèmes rénaux le rattrapent, et il décide pourtant de continuer à travailler pendant sa cure, ce que les médecins lui ont déconseillé de faire.

Il entreprend des voyages dans des pays lointains alors même que ses proches lui demandent de rester pour ne pas détériorer sa santé. Suite à un important voyage à Adana son état de santé se détériore. Le 6 septembre 1938 il rédige son testament où il affirme :

Le chariot qui a transporté la dépouille d'Atatürk du Palais de Dolmabahçe à Sarayburnu.

« Je ne laisse, en tant qu'héritage spirituel, aucun verset, aucun dogme, aucune règle pétrifiée et figée. Mon héritage spirituel, c'est la science et la raison (...). Tout dans ce monde évolue rapidement.

La conception du bonheur et du malheur se modifie, au fil du temps, chez les peuples et les individus.

Affirmer, dans ce contexte, que l'on a su inventer des recettes éternellement valables équivaudrait à renier l'incessante évolution des idées et de la science. (...)

Nul n'ignore ce que j'ai essayé de faire, ce que je me suis efforcé de réussir pour le bien de la nation turque.

Ceux qui, après moi, voudront avancer dans mon sillage, sans jamais s'éloigner de la raison et de la science, deviendront mes héritiers spirituels. »

Il meurt d’une cirrhose le 10 novembre 1938 à 9h05, dans le palais de Dolmabahçe à İstanbul. Ses derniers mots sont Au revoir avant de plonger dans un profond coma. Il est enterré au musée ethnographique d’Ankara le 21 novembre 1938.

Les chefs d'État du monde entier viennent présenter leurs hommages au cours de ses funérailles.

Depuis le 10 novembre 1953, son corps repose à l'Anıtkabir, à Ankara.

D'importantes réformes vers la sécularisation

La république turque

Mustafa Kemal enseignant l'alphabet latin.

Pour commencer, Mustafa Kemal fait voter à l'Assemblée nationale l'abolition de la monarchie et fait expulser le dernier sultan ottoman Mehmet VI le 1er novembre 1922. Le titre de calife est donné par l'Assemblée nationale à Abdulmedjid, l'aîné de la maison ottomane. Mais la plus importante réforme de Mustafa Kemal est l'instauration de la république turque le 29 octobre 1923, donnant à la nation turque le droit d'exercer la souveraineté populaire à travers une démocratie représentative.

Pour que la nouvelle république éclose, Mustafa Kemal abolit le califat, qui est détenu par les sultans ottomans depuis l'incorporation de l'Égypte à l'Empire ottoman en 1517, le 3 mars 1924.

Cette même date, les membres de la maison ottomane sont déchus de la nationalité turque et expulsés du pays.

Mustafa Kemal considère le port du fez, que le sultan Mahmud II avait érigé en code vestimentaire de l'Empire ottoman en 1826,

comme un symbole féodal et finit par l'interdire aux Turcs qui sont incités à porter des chapeaux.

Il demande aux Turcs d'adopter aussi le code vestimentaire européen.

Mustafa Kemal n'interdit pas le port du hijab, craignant une guerre civile[33], mais son port est interdit aux fonctionnaires,

et il est fortement déconseillé dans la vie publique.

Il interdit également les musiques et les danses orientales.

Et à partir de 1934, la radio n'émet plus que de la musique occidentale[34].

Il favorise le développement d'une culture occidentale et investit à l'opéra, le ballet et la musique classique.

Après l'abolition du califat, il fait venir en Turquie un collège de juristes occidentaux. Il adopte sur leurs conseils le code commercial allemand, le code pénal italien, et le code civil suisse, avec certaines modifications ou adaptations. La polygamie est interdite, les hommes et les femmes deviennent égaux en droits, et les citoyens turcs deviennent devant la loi aussi libres qu'un citoyen helvétique.

En 1926, le calendrier musulman est remplacé par le calendrier grégorien.

Mustafa Kemal au lycée féminin d'Ankara.

En 1928, le gouvernement décrète que l'alphabet arabe sera remplacé par l'alphabet latin avec les lettres spéciales "ğ Ğ ı ş Ş", cette réforme sera connue sous le nom de Révolution des signes. Le changement d'alphabet devait prendre plusieurs années selon les conseils des linguistes et universitaires, mais Mustafa Kemal décide que le changement se fera en trois mois ou ne se fera jamais. Tous les Turcs âgés de 6 ans à 40 ans doivent ainsi retourner à l'école pour apprendre le nouvel alphabet. Il a enseigné l'alphabet latin pour la première fois à Sinop. Ce changement colossal est le symbole de la volonté de sortir de la sphère culturelle arabo-musulmane remplacée alors par la culture occidentale.

L'école primaire devient obligatoire, et de nouvelles écoles sont ouvertes dans tout le pays. L'école devient mixte, républicaine et laïque selon le modèle français de Jules Ferry. La scolarisation des filles est fixée comme une priorité nationale.

En 1934, il promulgue une loi obligeant les Turcs à se doter d'un nom de famille. La Grande assemblée nationale de Turquie lui donne à cette occasion le nom d'Atatürk ou père de la nation.

Cherchant à limiter l'influence de l'islam sur les établissements politiques et culturels turcs, il décide de supprimer le califat le 3 mars 1924, responsable à ses yeux du ralentissement du développement de la Turquie. Il adopte le système de la laïcité française ; la religion n'est pas contestée, mais elle se limite à la sphère strictement privée.

La question kurde

Suite à la laïcisation et à l'occidentalisation du pays imposée par Mustafa Kemal, la problématique des minorités religieuses et culturelles est posée, en particulier celle de la communauté kurde. Le souhait du gouvernement kémaliste est d'avoir une Turquie homogène ethniquement et religieusement. Mustafa Kemal voit l'addition de différentes nationalités en Turquie comme une faiblesse, dont pourraient se servir les Européens et en particulier les Britanniques pour diviser et détruire la Turquie.

Les Kurdes sont musulmans, sans être sémites. Ce ne sont donc pas des populations arabes, c'est pourquoi la Turquie affirme que ce sont « des populations authentiquement turques ». La volonté est donc de les assimiler au groupe majoritaire.

Néanmoins, les Kurdes ont des revendications nationalistes et séparatistes, et leur langue appartient en fait au groupe des langues indo-européennes (famille iranienne). Le problème se complexifie encore par les revendications turques sur les vilayets de Mossoul et de Kirkouk, deux régions d'Irak riches en pétrole et où vivent une majorité de Kurdes et Turkmènes.

Ces derniers se trouvent dans un état d'insurrection permanente dès 1921. Dans le cadre de l'assimilation kurde, le gouvernement de Kemal vote en 1924 une loi qui interdit l'usage du kurde dans les publications écrites et dans les écoles. Une grande révolte kurde menée par le Cheikh Saïd éclate alors. Les tribus kurdes attaquent Elazığ, Maras et Bitlis et soutiennent ouvertement l'ancien régime du Sultan (lequel avait signé le traité de Sèvres qui garantissait l'autonomie kurde) contre la République. La révolte est soutenue par des sociétés secrètes islamiques et de grands journaux. De leur côté, pour empêcher le rattachement de Mossoul et de Kirkouk à la Turquie, le Royaume-Uni encourage les rebelles kurdes à la révolte et leur fournit armes et subsides.

Mustafa Kemal décide d'envoyer neuf divisions en Anatolie, en donnant l'ordre à ses soldats de réprimer les insurgés. Il crée des tribunaux dits d'indépendance et des cours martiales emprisonnent tous les Kurdes reconnus coupables d'« atteinte à la sûreté intérieure de l'État ». Quarante-six meneurs sont pendus sur la grande place de Diyarbakir. Le but du gouvernement d'Ankara est de faire d'eux des exemples et de dissuader les Kurdes d'encore recourir à la révolte. Il décide par la même occasion de supprimer les turbés et les dervicheries, les sectes religieuses, les couvents et les confraternités qu'il accuse de soutien envers les nationalistes kurdes. La révolte est matée mais la Turquie finit par reconnaître l'autorité de l'Irak sur Mossoul en juin 1926[35].

En 1930 la révolte éclate à nouveau et l'armée turque mobilise près de 70 000 hommes et 100 avions pour mater la rébellion[36]. En 1932, la loi martiale est décrétée sur le territoire kurde, la déportation et la dispersion d'une partie de sa population en Anatolie orientale est organisée. Le 14 juin 1934 une loi connue en tant que « Loi n°2510 » promulgue entre autres des déplacements de populations en vue de l'assimilation de la population kurde[37]. La population kurde s'y oppose et d'autres révoltes éclateront, notamment en 1937-1938 à Dersim avec le leader Seyid Riza, et d'autres qui s'étendront jusqu'au Kurdistan irakien.

Lors d'un discours tenu le 1er novembre 1936, Mustafa Kemal reconnaît que le problème kurde est un des plus graves problèmes intérieurs de la Turquie[38].

Vie privée

Latifé Uşaklıgil et Mustafa Kemal Atatürk.

Mustafa Kemal connaît le français, l'anglais et l'allemand et est passionné par la Révolution française et les idées des Lumières. C'est en partie sur ces principes que s'est construite la République turque.

Au cours de sa jeunesse, Kemal a un mode de vie très libre. Durant ses permissions, il lui arrive de se rendre dans les quartiers européens réputés pour leurs salles de spectacles, leurs bars et leurs maisons closes. À la fin de ses études militaires, il passe sa vie au front, il partage alors sa vie entre des maîtresses turques ou étrangères. Il rencontre une jeune Bulgare, Dimitrina, avec qui il envisage de se marier. Son père étant le ministre d'un pays potentiellement ennemi, il préfère stopper la relation.

Pendant la guerre de libération, il fréquente Fikriye, une lointaine cousine qui se suicide quelques années plus tard en apprenant le mariage de Kemal avec Latifé.

Le 29 janvier 1923, il épouse Latifé Uşaklıgil qui l'accompagne dans ses tournées dans le pays. Ce mariage dure jusqu'au 5 août 1925.

Il épouse alors un idéal, il voit en sa femme Latifé le modèle de la femme turque. Il adopte sept filles, toutes adultes, l'historienne Afet İnan, la première femme pilote de guerre au monde Sabiha Gökçen, Fikriye, Ülkü Adatepe, Nebile, Rukiye, et Zehra. Pour l'historien français Alexandre Jevakhoff, ce choix s'inscrivait dans une sorte de marketing politique, ses filles qui occupaient des postes prestigieux devaient donner au monde une vision moderne et émancipée de la femme turque, et devaient par ailleurs encourager les femmes turques à suivre cette voie. Il adopte également un jeune garçon, Mustafa et il prend sous sa protection deux garçons, Abdurrahim et İhsan.

 Suite !!

 

 

 

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