Thessalonique S2

 

Déclin[

Déclin économique

 L'accroissement du nombre de janissaires, l'inflation de la monnaie et la crise financière de l'État contribuèrent à l'augmentation continue des commandes de la Sublime Porte ce qui mit les Juifs dans une situation très difficile. De 1 200 pièces à l'origine, ils étaient passés à plus de 4 000 vers 1620[10]. Ceci conduisit à une réduction de la qualité des pièces fournies en raison de tricheries sur les normes établies. Le rabbin Juda Covo à la tête d'une délégation salonicienne fut sommé de venir s'expliquer sur cette dégradation à Istanbul et fut condamné à la pendaison, ce qui marqua durablement les esprits[10]. Par la suite, les demandes de l'Empire furent partiellement réduites et la production réorganisée[10].

Ces déboires étaient annonciateurs d'une période sombre pour les Juifs saloniciens. Le flux de migrants venant de la péninsule ibérique s'était peu à peu tari, ces derniers préfèrant à Salonique les villes d'Europe occidentale telles Londres, Amsterdam ou Bordeaux[10]. Ce phénomène entraîna un éloignement progressif des Juifs sépharades ottomans de l'occident. Alors qu'ils avaient à leur arrivée introduit de nombreuses technologies européennes, y compris l'imprimerie, ils devinrent de moins en moins compétitifs face aux autres groupes ethnico-religieux. Les médecins et traducteurs juifs autrefois réputés furent peu à peu supplantés par leurs homologues chrétiens, principalement Grecs et Arméniens. Dans le monde du négoce, les chrétiens occidentaux prirent le dessus sur les Juifs, bénéficiant de la protection des puissances occidentales par le truchement des instances consulaires[10] et Salonique perdit sa place de premier plan suite à l'effacement progressif de Venise, sa partenaire commerciale, et à la montée en puissance du port de Smyrne[10]. De plus, les Juifs comme le reste des dhimmis eurent à subir le contrecoup des défaites successives de l'Empire face à l'Occident. La ville stratégiquement placée sur la route des armées eût à subir à plusieurs reprises les représailles des janissaires contre les infidèles[10]. Il y eut durant tout le XVIIe siècle siècle une migration des Juifs de Salonique vers Istanbul, Eretz Israel et surtout Smyrne qui commençait à se développer à cette époque. La communauté de cette ville étant principalement issue de celle de Salonique[10]. La peste, ainsi que d'autres épidémies telles le choléra qui toucha Salonique à partir de 1823, contribuèrent aussi à l'affaiblissement de Salonique et de sa communauté juive[10].

Les produits occidentaux, qui commencèrent à toucher massivement l'Orient à partir du milieu du XIXe siècle, portèrent un rude coup à l'économie salonicienne et notamment à la draperie juive. Les janissaires finirent par préférer aux lainages de Salonique, dont la qualité n'avait cessé de se détériorer, les « londrins » provençaux, revendant à bas prix les lots qui leurs étaient attribués par l'État[10]. Ceci conduisit le grand vizir à ne plus faire acquitter par les Juifs qu'une moitié de leurs impôts sous forme de draps, le reste étant perçu en espèces. La production déclina alors rapidement et cessa complètement lors de l'abolition du corps des janissaires en 1826[10].

Sclérose du judaïsme et arrivée de Sabbataï Tsevi

Article détaillé : Sabbataï Tsevi.
Sabbataï Tsevi – Portrait par un témoin oculaire, Smyrne, 1666.

Le judaïsme salonicien avait longtemps bénéficié de l'apport successif des idées et des connaissances des différentes vagues d'immigration sépharade mais cet apport humain s'étant peu ou prou tari au XVIIe siècle, il s'enfonça dans une routine l'appauvrissant considérablement[11]. Les yéchivot étaient toujours aussi fréquentées mais l'enseignement qu'on y prodiguait était très formaliste. L'édition d'ouvrages religieux se poursuivit mais sans renouvellement. Un témoin extérieur rapporte que « ce sont toujours les sempiternelles questions de culte et de jurisprudence commerciale qui absorbent leur attention et font les frais de leurs études et de leurs recherches. Leurs œuvres constituent en général, une répétition des écrits de leurs prédécesseurs »[11].

Dès le XVe siècle, un courant messianiste s'était développé dans le monde sépharade ; la rédemption marquant la fin du monde, en hébreu la guéoulah, paraissait imminente. Cette idée alimentée par le dépérissement économique de Salonique était entretenue par le développement croissant des études cabalistiques s'appuyant sur le Zohar en pleine expansion dans les yechivot de Salonique. On annonça la fin des temps successivement en 1540 puis 1568 et de nouveau en 1648 et 1666.

C'est dans ce contexte qu'arriva un jeune et brillant rabbin chassé de la voisine Smyrne : Sabbataï Tsevi. Expulsé de cette ville vers 1651, après avoir proclamé être le messie[12], il gagna Salonique où sa réputation de savant et de cabaliste grandit très vite[11]. Les plus nombreux à le suivre étaient des membres de la synagogue Shalom, souvent d'anciens marranes[11]. Après plusieurs années de prudence, il fit de nouveau scandale en prononçant lors d'un banquet solennel dans la cour de la synagogue Shalom le tétragramme ineffable dans la tradition juive et se présenta comme le machia'h ben David, c'est-à-dire comme le messie fils du roi David[11]. Le conseil rabbinique fédéral le chassa alors de la ville et Sabbataï Tsevi partit diffuser sa doctrine dans d'autres villes du monde sépharade. Son passage divisa à Salonique comme ailleurs la communauté juive et cette situation causa tant de remous que Sabbataï Tsevi fut emprisonné puis convoqué par le sultan. Là, sommé de démontrer ses pouvoirs surnaturels en résistant aux flèches dont on le menaçait, il finit par abjurer sa foi, se convertissant à l'islam. Ce coup de théâtre fut diversement interprété par ses adeptes, les sabbatéens. Certains y virent un signe et se convertirent, d'autres rejetèrent sa doctrine et retournèrent pleinement au judaïsme, les derniers restèrent formellement fidèles au judaïsme tout en continuant secrètement à suivre les enseignements de Sabbataï Tsevi[11]. À Salonique, ce sont 300 familles parmi les plus riches qui décidèrent en 1686 d'embrasser l'islam sans que les autorités rabbiniques puissent réagir, la conversion étant vue d'un bon œil par les autorités ottomanes[11]. Dès lors, ceux que les Turcs surnommèrent Dönme, c'est-à-dire renégats eux-mêmes divisés en trois groupes : les Izmirlis, les Kuniosos et les Yacoubi[13], formèrent une nouvelle composante de la mosaïque ethno-religieuse salonicienne. Bien qu'ils aient choisi la conversion, ils ne se mêlèrent pas aux Turcs, pratiquant une stricte endogamie, vivant dans des quartiers séparés, édifiant leurs propres mosquées et conservant une liturgie spécifique en judéo-espagnol[12]. Ils participèrent grandement au XIXe siècle à la propagation des idées modernistes[13]. Puis, comme les Turcs, ils émigrèrent de Salonique suite à la prise de pouvoir par les Grecs[13].

 

Renouveau

Les Juifs de Salonique connurent à partir de la seconde moitié du XIXe siècle une véritable renaissance. La régénération vint des Juifs francs, les Frankos, c'est-à-dire les Juifs venus à cette époque des pays catholiques et plus particulièrement les Juifs de Livourne en Italie. Elle s'inscrivit dans un contexte général d'ouverture des Balkans au modernisme occidental qui draina vers le monde ottoman techniques et idées nouvelles.

Industrialisation

À Salonique, les Juifs occupaient toute l'échelle sociale, du riche entrepreneur à l'humble vendeur de limonade.

Salonique connut à partir des années 1880 un important processus d'industrialisation qui en fit le poumon économique d'un Empire sur le déclin. Les entrepreneurs à l'origine de ce processus étaient majoritairement juifs, cas unique dans le monde ottoman puisque dans les autres grandes villes, l'industrialisation fut principalement le fait d'autres groupes ethnico-religieux. Les Allatini formaient le fer de lance de l'entreprenariat juif, ils mirent en place plusieurs industries, établissant minoteries et autres industries alimentaires, briqueteries, usines de transformation du tabac. Plusieurs négociants soutinrent l'introduction d'une grande industrie du drap, activité auparavant pratiquée au sein d'un système de production artisanal.

Cette industrialisation conduisit à la prolétarisation d'un grand nombre de Saloniciens toutes confessions confondues ce qui se traduisit par l'apparition d'une importante classe ouvrière juive. Les entrepreneurs employaient la main d'œuvre sans distinction de religion ou d'ethnie contrairement à ce qui se faisait ailleurs dans l'Empire ottoman, ce qui contribua à l'émergence de mouvements ouvriers non ethniques bien que marqués par la suite par les questions nationales.

 

Haskala

Deux rabbins de Salonique à la fin du XIXe siècle. Avec l'avènement de la Haskala, le pouvoir religieux perd de son emprise sur la population.

La Haskala, mouvement de pensée juif inspiré du Siècle des Lumières, toucha le monde ottoman à la fin du XIXe siècle après s'être propagé parmi les populations juives d'Europe occidentale et orientale. Ce sont les mêmes qui parachevaient le renouveau économique de Salonique qui s'en firent les messagers.

Le premier champ d'action de ces maskilim et en premier lieu de l'entrepreneur livournais Moïse Allatini fut l'éducation. En 1856, avec l'aide des Rothschild, il fonda dans les annexes du talmud torah et donc avec l'assentiment des rabbins qu'il avait gagnés à son objectif par ses importantes donations aux œuvres de bienfaisance l'école Lippman une institution modèle dirigée par le professeur Lippman, un rabbin progressiste de Strasbourg[14]. Après cinq années d'existence, l'établissement ferma ses portes et Lippman repartit sous la pression du rabbinat en désaccord avec ses méthodes d'éducation innovantes. Cependant, il avait eu le temps de former bon nombre d'élèves qui prirent la relève par la suite[14].

Le docteur Allatini poussa en 1862 son beau-frère Salomon Fernandez à fonder une école italienne grâce à une donation du royaume d'Italie[14]. Plusieurs tentatives pour implanter le réseau éducatif de l'alliance israélite universelle échouèrent sous la pression des rabbins qui n'admettaient pas qu'une école juive puisse être placée sous le patronage de l'ambassade de France. Mais le besoin de structures éducatives devint si pressant que les partisans de son implantation eurent finalement gain de cause en 1874 grâce au mécénat d'Allatini devenu membre du comité central de l'AIU à Paris[14]. Le réseau de cette institution s'étendit alors rapidement : en 1912, on comptait neuf nouvelles écoles de l'AIU pourvoyant à l'éducation des garçons comme des filles de la maternelle au secondaire tandis que les écoles rabbiniques étaient en plein déclin. Ceci eut pour effet d'implanter durablement la langue française au sein de la communauté juive de Salonique comme d'ailleurs dans tout le monde juif oriental[14]. Ces écoles s'occupaient de la formation intellectuelle mais aussi manuelle de ses élèves permettant la formation d'une génération en phase avec les évolutions du monde moderne et apte à intégrer le marché du travail d'une société en voie d'industrialisation.

Activisme politique et socialr

L'irruption de la modernité se traduisit aussi par l'influence croissante de nouvelles idées politiques en provenance d'Europe occidentale. Les Juifs ne restèrent pas indifférents à cette agitation politique et en devinrent des acteurs importants. La révolution Jeunes-Turcs de 1908 qui avait ses bases à Salonique proclama la monarchie constitutionnelle et véhicula le concept de l'Ottomanisme, proclamant l'égalité au sein de l'Empire de tous les millets. Quelques Juifs de Salonique étaient influents dans le mouvement Jeune turc majoritairement composé de musulmans mais c'est surtout dans le champ social qu'ils furent actifs. À partir de cette époque, un vent de liberté souffla sur Salonique, permettant aux mouvements ouvriers de se structurer et de s'engager dans des luttes sociales pour l'amélioration des conditions de travail. Une tentative d'union des différentes nationalités au sein d'un seul mouvement ouvrier eut lieu avec la formation de la « Fédération ouvrière socialiste » dirigée par Abraham Benaroya, un Juif de Bulgarie, qui entama la publication d'un organe quadrilingue, le Journal du travailleur, diffusé en grec, turc, bulgare et judéo-espagnol. Cependant, le contexte balkanique, propice aux scissions, affecta le mouvement et après le départ de l'élément bulgare, la Fédération ne fut pratiquement plus constituée que de Juifs.

Le mouvement sioniste devait affronter la concurrence de la Fédération ouvrière socialiste, très antisioniste. Ne pouvant s'implanter dans la classe ouvrière, le sionisme à Salonique se tourna vers les bourgeois et les intellectuels, moins nombreux[15]

Arrivée des Grecs, départ des Juifs

Salonique, ville grecque

Des familles sans logement suite au pogrom de 1931.

En 1912, suite à la Première Guerre balkanique, les Grecs prirent le contrôle de Salonique aux côtés des Bulgares puis finirent par intégrer la ville à leur territoire. Ce changement de souveraineté fut mal vécu par les Juifs qui craignaient que le rattachement ne leur nuise, inquiétude renforcée par les propagandes bulgare, serbe et autrichienne qui souhaitaient rallier les Juifs à leur cause[14]. Certains Juifs militèrent alors pour l'internationalisation de la ville sous la protection des grandes puissances européennes mais leur proposition ne reçut que peu d'échos, l'Europe ayant accepté le fait accompli[16]. Les Grecs prirent néanmoins certaines mesures provisoires visant à favoriser l'intégration des Juifs[14] comme par exemple en les laissant travailler le dimanche et en leur permettant ainsi d'observer le chabbat. L'économie tira bénéfice de l'annexion qui ouvrait à Salonique les portes du marché de la Grèce septentrionale et de la Serbie avec laquelle l'Hellade avait passé une alliance ; l'installation des troupes de l'armée d'Orient, suite au déclenchement de la Première Guerre mondiale, provoqua ensuite un regain de l'activité économique. Le gouvernement grec voyait d'un bon œil le développement du sionisme et l'établissement d'un foyer juif en Palestine, ce qui convergeait avec la volonté grecque de démembrer l'Empire ottoman. La ville reçut la visite de grands leaders sionistes, Ben Gourion, Ben Zvi et Jabotinsky qui voyaient en Salonique la ville juive modèle dont devrait s'inspirer leur futur État[14].

Cependant, on peut constater une nette différence entre l'attitude du gouvernement et l'attitude de la population locale. Un témoin, Jean Leune, correspondant de L'Illustration durant les guerres balkaniques et ensuite officier dans l'armée d'Orient, rapporte :

« Devant les innombrables boutiques et magasins tenus par les Juifs, maîtres jusqu'alors du commerce local, les marchands grecs venaient s'installer sur le trottoir, tout contre les portes qu'il devenait impossible de franchir. La nouvelle police souriait... Et les Juifs, boycottés, les uns après les autres fermèrent boutique.[17] »

Incendie de 1917 et développement de l'antisémitisme

Les quartiers de la ville basse où vivaient une majorité de Juifs furent gravement touchés par l'incendie de 1917

Le grave incendie de 1917 constitua un tournant. La communauté juive concentrée dans la ville basse fut la plus touchée par le sinistre ; le feu détruisit le siège du grand Rabbinat et ses archives ainsi que 16 des 33 synagogues de la cité. Contrairement à la reconstruction qui avait eu lieu après l'incendie de 1890, les Grecs décidèrent de procéder à un nouvel aménagement urbain. De ce fait, ils exproprièrent tous les habitants en leur donnant néanmoins un droit de préemption sur les nouveaux logements reconstruits selon un nouveau plan. Mais ce sont les Grecs qui en majorité peuplèrent les nouveaux quartiers, les Juifs choisissant souvent une situation plus excentrée[18].

Bien que le premier anniversaire de la célébration de la déclaration Balfour ait été célébré en 1918 avec un faste sans égal en Europe, le déclin avait commencé. L'afflux de dizaines de milliers de réfugiés grecs d'Asie Mineure et le départ des Turcs et des Dönme de Salonique suite à la « Grande catastrophe » et à la signature consécutive du traité de Lausanne modifièrent considérablement la composition ethnique de Salonique. Les Juifs cessèrent de constituer la majorité absolue et, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils ne représentaient plus que 40 % de la population. À cette hellénisation croissante de la population correspondait aussi une politique moins conciliante envers les Juifs. Ainsi en 1922, le travail fut interdit le dimanche ce qui imposait de facto aux Juifs de travailler le shabbat, les affiches en langue étrangère furent prohibées et les tribunaux rabbiniques cessèrent de pouvoir se prononcer sur les affaires de droit patrimonial[6]. Comme dans d'autres pays d'Europe orientale tels la Hongrie et la Roumanie, un important courant d'antisémitisme se développa dans l'entre-deux-guerres à Salonique mais il n'atteignit jamais le niveau de violence de ces deux pays[19]. Il était surtout le fait des arrivants grecs d'Asie Mineure, le plus souvent démunis et qui étaient en concurrence directe avec les Juifs pour le logement et le travail[19]. Le mouvement était relayé dans la presse par le quotidien Makedonia et par l'organisation ultranationaliste Ethniki Enosis Ellas (Union nationale de Grèce, EEE), tous deux proches du parti libéral (au pouvoir) dirigé par Venizelos[19]. Les Juifs étaient accusés de ne pas vouloir se fondre dans l'ensemble national ; le développement du communisme et du sionisme au sein de la communauté étaient observés avec la plus grande suspicion. Le gouvernement grec adopta une attitude ambivalente, pratiquant une politique de l'apaisement mais refusant de se démarquer nettement de ces deux vecteurs de l'antisémitisme[19]. Ce phénomène se cristallisa en 1931, année où eut lieu le pogrom de camp Campbell : un quartier juif fut entièrement brûlé ce qui laissa 500 familles sans abri mais ne causa cependant que la mort d'un Juif[20]. Plusieurs dizaines de tombes du cimetière juif de Salonique furent profanées en cette occasion.

Prise de pouvoir par Metaxás

La prise de pouvoir par le dictateur d'extrême droite à tendance fascisante [21] Ioánnis Metaxás en 1936 se traduisit paradoxalement par une baisse notable des violences antisémites. Il interdit l'organisation EEE et la parution de propos antisémites dans la presse[19] et noua aussi de bonnes relations avec le grand-rabbin de Salonique, Zvi Koretz[22]. Ceci explique le développement à partir de cette époque d'un important courant nationaliste chez les Juifs de Salonique, qui n’étaient pourtant Grecs que depuis 1913. Dès lors, y compris dans l’enfer des camps, ils ne cessèrent d’affirmer leur appartenance à la nation hellène[21].

 

Émigration

Un phénomène migratoire avait commencé à se mettre en place dès le début du XXe siècle, à partir du moment où le gouvernement Jeunes-Turcs établit la conscription pour tous les sujets ottomans, mais c'est surtout après l'annexion de Salonique par les Grecs que le mouvement s'amplifia. Les mauvaises conditions économiques, la montée de l'antisémitisme et, dans une moindre mesure, le développement du sionisme poussèrent les Juifs à partir, principalement en Europe occidentale, en Amérique du Sud et en Palestine. Ainsi, la population juive passa de 93 000 à 53 000 personnes à la veille de la guerre[23]. Il y eut quelques réussites notoires au sein de cette diaspora. Isaac Carasso, établi à Barcelone, fonda l'entreprise Danone, Maurice Abravanel se dirigea vers la Suisse avec sa famille puis aux États-Unis où il devint un célèbre chef d'orchestre. Le grand-père maternel du président français Nicolas Sarkozy émigra en France à cette époque. Dans ce pays, dans l'entre-deux-guerres, la population juive de Salonique était concentrée dans le 9e arrondissement de Paris ; le siège de leur association cultuelle était situé rue La Fayette[24]. En Palestine mandataire, la famille Recanati fonda l'une des banques les plus importantes de l'actuel État d'Israël, la Eretz Yisrael Discount Bank, devenue la Israel Discount Bank[25].

 

Suite !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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